Les meilleures plantes pour un jardin de cottage
Le jardin de cottage, c’est ce fouillis fleuri des campagnes anglaises : des rosiers qui escaladent la façade, des digitales qui dépassent de partout, une allée à moitié mangée par les vivaces. En quinze ans derrière le comptoir de ma boutique à Grenoble, c’est le style qu’on m’a le plus réclamé, photo du Kent à l’appui. Et je comprends. Ce désordre-là fait envie parce qu’il raconte quelque chose : un jardin qui vit, qui déborde, qui ne cherche pas à impressionner.
Sauf que le fouillis, ça se construit. Derrière l’apparente pagaille, il y a une charpente d’arbustes, des vivaces choisies pour leur silhouette et des annuelles qui bouchent les trous. Voici les plantes qui marchent vraiment, testées pour la plupart dans mon jardin en Isère, où l’hiver descend sans forcer à −10 °C.
Les rosiers, la colonne vertébrale du décor
Pas de cottage sans rosiers. Ce sont eux qui donnent le ton, sur une arche, contre un mur ou plantés au beau milieu des vivaces. Mon conseil : mélangez deux familles.
Les rosiers anciens d’abord. ‘Charles de Mills’, un gallique au parfum poivré, ou ‘Fantin-Latour’ aux fleurs très doubles, ne fleurissent qu’une fois, en juin. Mais quelle fois. Trois semaines de générosité absolue, un parfum qui embaume à cinq mètres. Leur feuillage reste sain sans traitement, ce qui n’est pas un détail quand on jardine sans produits.
Les rosiers anglais ensuite, ceux de David Austin. ‘Gertrude Jekyll’ au rose franc, ‘Munstead Wood’ presque pourpre, ou le grimpant ‘The Generous Gardener’ : ils ont le charme des anciens et refleurissent jusqu’aux gelées. C’était le compromis que je vendais le plus en boutique, et je n’ai jamais eu un seul retour déçu.
Quand et comment les planter
Plantez-les racines nues entre novembre et mars, hors période de gel. Un trou de 40 cm, une poignée de corne broyée au fond, le point de greffe à peine enterré, et un arrosage copieux même s’il pleut. Un rosier bien installé la première année vous le rend pendant vingt ans.
Les vivaces qui donnent la hauteur et le mouvement
C’est là que tout se joue. Le jardin de cottage vit sur les verticales : des épis qui montent, des clochettes qui penchent, des ombelles qui flottent au-dessus du reste. Voici les incontournables de mes massifs :
- le delphinium, 1,50 à 1,80 m de bleu profond, à tuteurer dès mai avant que le vent ne s’en charge ;
- la digitale pourpre, bisannuelle, qui se ressème toute seule là où on ne l’attend pas, souvent mieux que là où on l’avait plantée ;
- la campanule à feuilles de pêcher, increvable, blanche ou bleue, qui tient un bon mois en juin-juillet ;
- la rose trémière, contre un mur au sud, avec ses hampes de 2 m qui font tout de suite carte postale ;
- le géranium vivace ‘Rozanne’, qui court entre les autres et fleurit de juin aux gelées sans rien demander ;
- l’alchémille, dont le feuillage retient les gouttes de pluie et adoucit toutes les bordures.
Chez moi, les digitales se sont installées au pied d’un vieux seringat et je n’y touche plus. Elles reviennent chaque année, jamais exactement au même endroit, et c’est précisément ce qu’on demande à un jardin de cottage : un peu de surprise.
Le bon rythme de plantation
Plantez les vivaces en godets à l’automne, entre septembre et novembre : elles s’enracinent pendant l’hiver et démarrent fort au printemps. Comptez cinq à sept plants par mètre carré, en nappes irrégulières plutôt qu’en rangées. Trois delphiniums groupés font plus d’effet que six dispersés, je l’ai vérifié des dizaines de fois en composant des massifs pour mes clients.
Annuelles et aromatiques, le liant du tableau
Les annuelles comblent les vides et donnent cet air débraillé qui fait tout le charme du style. Cosmos, nigelles de Damas, coquelicots, pois de senteur sur un tipi de noisetier : un sachet de graines semé en avril, et vous avez de la fleur à couper jusqu’en octobre. Les pois de senteur, je les cueillais tous les deux jours pour la boutique ; plus on coupe, plus ils fleurissent, c’est un cercle très vertueux.
Ajoutez les aromatiques directement dans les massifs, pas dans un coin « potager » à part. La lavande en bordure, la sauge officinale au feuillage gris qui calme les couleurs vives, le fenouil bronze qui monte à 1,80 m et attire les syrphes, la ciboulette dont les pompons violets se marient étonnamment bien avec les roses. Dans un jardin de cottage, on ne sépare pas le beau de l’utile, c’est même un peu sa définition.
Les arbustes qui tiennent la structure
Sans structure, le fouillis vire à la friche, et la frontière est plus mince qu’on ne croit. Il faut quelques masses sombres et stables pour que le reste puisse déborder tranquillement : un if taillé en cône, une haie basse de buis (ou de fusain ‘Green Spire’ si la pyrale sévit chez vous, elle a ravagé la moitié des buis de mon quartier), un seringat pour le parfum de juin, une viorne obier pour ses boules blanches au printemps et ses fruits rouges d’automne.
Pensez aussi à l’entrée du jardin. Une simple arche en fer habillée d’un rosier liane comme ‘Ghislaine de Féligonde’, qui grimpe à 4 m sans se plaindre de l’ombre, change complètement la perception d’une parcelle ordinaire. On passe dessous, et on est ailleurs.
Commencez petit : deux rosiers, une dizaine de vivaces, un paquet de graines de cosmos. Le jardin de cottage se construit par couches, une saison après l’autre, et les plus beaux que je connaisse ont tous dix ans de tâtonnements derrière eux. Le mien en a huit, et il n’est toujours pas fini. Tant mieux.