Jeune avocatier cultivé en pot à la maison

Comment faire pousser un avocatier à la maison ?

S’il y a bien une plante que les clients m’apportaient en photo avec un air dépité, c’est l’avocatier. Un noyau qui refuse de germer depuis trois mois, une tige filante avec quatre feuilles au sommet, des pointes brunes partout. Faire pousser un avocatier chez soi est pourtant facile, à condition de connaître deux ou trois règles que personne ne vous donne au moment où vous plantez vos cure-dents dans le noyau. Les voici.

Récupérer le noyau et le faire germer

Choisissez un avocat bien mûr, retirez le noyau sans l’entailler avec le couteau, et nettoyez-le sous l’eau tiède pour enlever toute trace de chair, qui moisirait. Repérez ensuite le sens : la partie pointue va vers le haut, la base plus large et plate vers le bas. C’est de cette base que sortira la racine. Vous pouvez retirer la fine peau brune qui l’enveloppe, la germination y gagne quelques jours.

Un point qui change beaucoup de choses : la fraîcheur. Un noyau mis à germer dans les jours qui suivent l’ouverture du fruit réussit bien mieux qu’un noyau qui a traîné une semaine sur le rebord de l’évier. J’en ai fait l’expérience des deux côtés.

La méthode des cure-dents, la plus connue

Plantez trois ou quatre cure-dents à mi-hauteur du noyau et posez-le sur un verre d’eau, pointe vers le haut, la base immergée sur 1 à 2 cm. Installez le verre dans une pièce chauffée, à la lumière mais sans soleil direct, et changez l’eau deux fois par semaine pour éviter que les bactéries ne s’en mêlent. La racine apparaît au bout de trois à huit semaines, la tige quelques semaines plus tard. C’est joli à regarder, parfait à faire avec des enfants, mais c’est lent, et ça échoue environ une fois sur trois.

L’essuie-tout, ma méthode préférée

Enveloppez le noyau dans un essuie-tout bien humide, glissez le tout dans un sac de congélation laissé entrouvert, et rangez-le dans un placard de la cuisine, au chaud et au noir. Vérifiez une fois par semaine que le papier reste humide. En deux à quatre semaines, le noyau se fend et la racine pointe. C’est plus rapide, le taux de réussite est nettement meilleur, et vous plantez en pot dès que la racine atteint 3 ou 4 cm. Depuis que je suis passée à cette méthode, je n’ai plus raté un seul noyau.

La plantation en pot

Prenez un pot de 20 cm de diamètre, percé au fond (là-dessus, aucune négociation possible), avec 3 ou 4 cm de billes d’argile pour le drainage. Côté substrat, l’avocatier déteste avoir les pieds dans l’eau : mélangez deux tiers de terreau pour plantes vertes et un tiers de sable grossier ou de perlite. Plantez le noyau racine vers le bas en le laissant dépasser à moitié, comme un œuf à la coque. L’enterrer complètement, c’est le faire pourrir.

Arrosez pour tasser, placez près d’une fenêtre lumineuse, et patientez. Une fois lancée, la tige monte vite, parfois 30 cm en deux mois. C’est d’ailleurs le début du problème, on y vient.

L’entretien au fil des mois

Un avocatier d’intérieur ne demande pas grand-chose, mais il le demande avec constance :

  • de la lumière, beaucoup : une fenêtre au sud ou à l’ouest, en reculant le pot de 50 cm de la vitre en plein été pour éviter les brûlures ;
  • un arrosage quand la terre est sèche sur 2 à 3 cm en surface, soit en gros une fois par semaine en hiver et deux en été ;
  • de l’eau peu calcaire si possible, ou de l’eau du robinet reposée une nuit : les pointes de feuilles brunes viennent le plus souvent du chlore et de l’air sec ;
  • des vacances dehors de mai à septembre, à mi-ombre, avec un retour au chaud dès que les nuits passent sous 10 °C ;
  • un rempotage chaque printemps les trois premières années, dans un pot à peine plus grand que le précédent.

Côté nourriture, un peu d’engrais liquide pour plantes vertes tous les quinze jours d’avril à septembre suffit largement. Rien en hiver : la plante ralentit, la forcer à pousser en pleine pénombre de décembre ne donne que des tiges molles et étirées. Si les feuilles jaunissent entre les nervures au printemps, c’est en général une chlorose liée à l’eau trop calcaire, pas un manque d’engrais.

Tailler pour éviter le look asperge

Livré à lui-même, l’avocatier pousse en tige unique, haute et nue, avec un plumeau de feuilles au sommet. Pour l’obliger à se ramifier, pincez la tige principale quand elle atteint 30 cm : coupez au-dessus d’une feuille, aux ongles ou au sécateur propre. Recommencez sur les nouvelles pousses chaque fois qu’elles prennent 20 cm. C’est le geste que presque personne n’ose faire, et c’est celui qui transforme l’asperge en petit arbre touffu. La plante marque un temps d’arrêt de quelques semaines, puis repart en produisant deux ou trois branches sous la coupe.

Et les avocats, alors ?

Autant être honnête tout de suite : vous n’en mangerez probablement jamais de votre production. Un avocatier issu de noyau met dix à quinze ans avant de pouvoir fructifier. Il lui faut de la place, du plein air, un climat sans gel, et la fécondation des fleurs demande en général deux arbres de types complémentaires qui fleurissent en décalé. En appartement, ces conditions ne sont jamais réunies, et les producteurs professionnels ne partent d’ailleurs jamais d’un noyau : ils greffent.

Ce que vous gagnez, c’est autre chose : une plante verte élégante, gratuite, qui pousse à vue d’œil et qui a une histoire. Le mien a sept ans, il touche presque le plafond du salon, et il n’a jamais donné le moindre fruit. Je le garde quand même : c’est de loin la plante dont on me parle le plus quand on entre chez moi.

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